Une ambition, créer un lien social
A l’échelle planétaire, les communautés minoritaires des "gens du voyage" provoquent chez les sédentaires des peurs, suscitées par la confrontation à des modèles sociaux mal connus. Ces peurs génèrent le rejet et l’exclusion de ces minorités. Chaque communauté se méfiant spontanément l’une de l’autre, il est difficile de communiquer. Et le déficit de communication entraîne inévitablement éloignements et méconnaissance de l’autre. La loi française du 5 juillet 2000 démontre une certaine volonté politique d’y remédier, mais insuffisante sans la synergie d’actions conjointes. Dès lors, comment, à partir d’un double élan humaniste et citoyen, recréer du lien entre deux groupes sociaux de traditions différentes ? Pour répondre modestement à cette problématique, "Nomade in Metz" propose de construire, avec les acteurs politiques, sociaux, associatifs, culturels et enseignants de Metz et de Moselle, un espace d’échanges culturels avec ces énigmatiques "gens du voyage". Un festival des arts qui voyagent. L’expression artistique, moyen de communication Si l’on songe à ces dessins et peintures découverts à Altamira ou Lascaux, on peut s’extasier de leur facture, parfois si étrangement moderne. Mais ils font aussi partie des premières traces d’expression artistique laissées par l’homme. Une expression artistique qui s’est diversifiée, transformée, enrichie jusqu’à aujourd’hui, grâce à ce désir humain de toujours voyager. Tous les peuples ont ainsi une culture personnelle, une culture métissée par les rencontres, par les arts qui voyagent. Mais quel autre peuple que le peuple Tzigane incarne mieux en Europe le métissage culturel ? Au cours de leur migration millénaire depuis l’Inde, les Tziganes ont su s’imprégner des acquis culturels des pays européens traversés, tout en maintenant une identité propre. Ils véhiculent avec eux une richesse que notre "culture populaire française" porte déjà en belle place avec le jazz manouche, la musique tzigane ou le cinéma qui s’en inspire. L’engouement des publics français pour ces champs artistiques est, à l’évidence, un bon moyen de socialisation et de communication. "Nomade in Metz" veut saisir cette opportunité pour susciter un questionnement et encourager l’échange culturel en établissant d’avantage que des parallèles entre nomades et sédentaires. En d’autres termes : "Aller vers". Aller vers…
… d’autres formes d’expressions artistiques
Si le cinéma, les concerts ou même les arts de rue sont des formes d’expressions artistiques populaires et, bien souvent, faciles d’accès, les peintures, sculptures mais aussi la photographie ou le théâtre enthousiasment un public, sinon moins large, certainement différent. Aussi, par la proximité des sites proposés, par une programmation étudiée en ce sens, une émulation et une curiosité éveillées dans l’ambiance de la manifestation, donc par des échanges humains, le festival "Nomade in Metz", s’efforcera d’amener son public vers des formes d’expressions artistiques qu’il pourrait d’ordinaire négliger.
… un partage culturel
Pour la plupart, les artistes que nous programmons, français ou non, sont issus ou font partie de ce que la loi française définit comme "gens du voyage". Ils viennent nous faire partager leur art. Nous les avons voulu de grande qualité et très variés, par leur origine, par leur renommée et pour leurs spectacles. Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas ici de folklore. Faire vibrer notre cité par des musiques, chants ou danses n’est pas une approche démagogique visant à identifier, à priori, ces voyageurs comme saltimbanques pacifistes. Ces arts sont pour eux le moyen d’exprimer au quotidien leurs émotions. Ils font partie intégrante de leur vie et participent à leur mémoire collective. Ils sont la transmission orale de la mémoire de leurs familles, de leur peuple. Ainsi, un public que nous espérons métissé - Tziganes et Gadjé - partagera ses émotions pendant les spectacles, mais aussi au-delà, dans la cité. Les rencontres seront favorisées par des animations dans les rues et sur les places, au cours de repas partagés au village du festival ou encore lors d’un bal populaire. Les "bœufs", organisés ou improvisés le soir après le dernier spectacle favoriseront également des échanges sur le vif, plus intimistes. Par ailleurs, "Nomade in Metz" ne manquera pas d’orienter son public vers les conférences et débats organisés entre ONG, sociologues, ethnologues et historiens autour d’un petit évènement festif, conte, documentaire ou exposition. Aucun indicateur n’existe pour mesurer l’authenticité des échanges, mais nous sommes conscients que nous devons un engagement et notre enthousiasme à ce festival. Car ni la qualité des spectacles, ni la convivialité des lieux, ni les compétences ne provoquerons à elles seules la rencontre qui pourra tenter d’éclaircir, de savoir et de comprendre. Nous espérons cette rencontre à double sens : il s’agit de créer une interaction entre deux types de populations et d’inviter chacun à redécouvrir l’autre.
… les communautés locales
Aussi, notre démarche perdrait du sens si les échanges souhaités ne se réalisaient qu’entre les artistes et le public, dans l’ignorance des communautés Rrom de Metz et ses environs. Ils sont le cœur de la manifestation, le cœur des débats. Un gros travail d’approche est à faire pour tenter, sinon de les rendre acteurs de la manifestation, du moins obtenir à travers eux la certitude que nous ne nous trompons pas. Qu’ils seront avec nous, parmi les festivaliers. Quelques associations et organisations travaillent sur le terrain depuis plusieurs années. Des familles de manouches semi-sédentaires ont été aidées par des citoyens de Metz, à titre personnel. Nous sommes à la recherche de ces acteurs sociaux afin qu’’ils nous aident à unir ces communautés à notre festival.
… d’autres organisations et compétences
Nous ne sommes pas candides au point de croire qu’avec notre seul projet nous modifierons les préjugés actuels. Néanmoins, nous y participons et c’est une utopie qui nous enthousiasme. Toutefois nos motivations ne sont pas basées que sur des utopies. Le fait que la réussite de notre projet soit liée à la synergie d’un maximum d’acteurs, professionnels et bénévoles est pour nous une certitude. Ailleurs, d’autres ont déjà réalisé ce type d’évènement, certains depuis longtemps. Nous nous tournerons vers eux pour bénéficier de leurs expériences et de leurs compétences. En grande région nous pouvons citer les festivals tziganes de Forbach, Strasbourg et Dijon avec qui nous avons déjà pris contact, ainsi que Marseille et Bordeaux. A Metz et Nancy, outre les ONG, d’autres associations traitent à leur manière la question tzigane. Un rapprochement a déjà été fait auprès de certaines d’entre elles. En termes d’organisation, beaucoup de contacts sont encore à prendre auprès d’associations locales ou régionales, de même qu’auprès d’organisateurs événementiels professionnels. En terme de spectacles, les fanfares, sociétés de musique et associations diverses de Metz et ses environs seront également informées. Il s’agit pour nous d’intégrer le maximum de forces dans la réflexion, la participation et l’organisation de notre événement.
… les mouvements de jeunesse
Nous souhaitons également intégrer des mouvements de jeunesse à notre élan citoyen. L’association de Scouts de France de Queuleu semble déjà intéressée par le projet. Nous nous tournerons également vers les associations organisatrices de centres de loisirs. Dans la perspective d’une année des arts nomade où tous, à Metz, seraient du voyage, un travail en amont avec les enfants pourrait aboutir à des travaux journalistiques multimédia, expositions, lectures de poèmes ou, pourquoi pas, constructions d’œuvres éphémères. Des caravanes taguées, servant de points d’information, ou de cimaises, pourraient, par exemple, animer les onze quartiers de Metz, le temps du festival.
… l’enseignement
Les écoles, collèges et lycées pourraient également intégrer dans leur projet éducatif un travail sur la cohérence sociale. Dans le cadre d’un volontariat et avec le consentement de l’inspection académique, une réflexion sur la condition des populations nomades, à travers le conte ou les ouvrages littéraires, pourrait être une belle continuité du travail accompli cette année 2009 autour de l’œuvre de B.-M. Koltès. Quel qu’en soit l’aboutissement, toutes les formes d’expression sont envisageables et enrichiraient le festival. Si nous parvenons à motiver une école par quartier, quelle belle préparation de fond à cet événement ! Comment ne pas non plus penser au Conservatoire National de Région qui pourrait, lui aussi participer à la fête par l’intermédiaire d’un atelier "Musiques et danses tziganes" ?. Bien sûr, nous envisageons un partenariat avec les filières du spectacle, UFR Sciences humaines et arts, ainsi que les futurs créateurs de l’Ecole Supérieure d’Art de Metz ; mais nous nous tournerons aussi vers d’autres grandes écoles afin de partager éventuellement leurs compétences. Déjà très présents dans l’organisation même du festival, les étudiants apportent une certaine efficacité et une folie enthousiaste, plutôt motivante.
… les bibliothèques-médiathèques
Selon leurs missions et leurs projets de service, les BMM constituent des collections de manuscrits, d’imprimés ou iconographiques, mais aussi des collections audiovisuelles et numériques. Elles ont ainsi réuni des richesses culturelles que beaucoup ne soupçonnent pas, et pour tous les publics. Editrices, en particulier de la revue "Carnets de Medamothi", les BMM diffusent en ligne leurs sélections, leurs galeries virtuelles. Productrices, à partir de leurs ressources et fonds propres, leurs expositions et événements sont toujours remarqués. Nous souhaitons un travail en commun qui aboutirait, avec l’influence du festival, à la mise en valeur des œuvres que nous soutenons dans les bibliothèques et les médiathèques, au cœur des quartiers de Metz. Ainsi les initiés et les curieux ne seraient plus les seuls à les découvrir.
Nomade In Metz